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Maintien de l’autonomie et ergothérapie

Par le docteur Didier Potier, Conseiller médical de la Mutuelle Saint-Martin
ergotherapie

Pour une personne confrontée à une limitation de son activité, la première démarche est souvent la recherche d’aides techniques (AT) et d’aménagement du logement. Cette recherche n’est pas simple et parfois source de déboires.

L’objectif de cet article est de montrer que le maintien de l’autonomie ne se résume pas aux aides techniques et aux aménagements des locaux mais nécessite une démarche globale qui est la spécificité de l’ergothérapie. Il est important de rappeler que l’autonomie n’est pas l’inverse de la dépendance. Il est possible d’être en situation de dépendance ou de handicap et d’être autonome. Une personne qui a les moyens d’accorder ses limites (physiques ou psychiques) avec son projet de vie est autonome. Avoir le choix (dans un contexte donné) et savoir que ce choix sera écouté et respecté sont les conditions nécessaires de l’autonomie.
La distinction française entre maladie, handicap et dépendance a créé pour chacun de ses risques des directions administratives spécifiques. Cela explique la multiplicité des définitions, classifications et financement des aides techniques. Par exemple, les prothèses auditives font partie des aides techniques mais pas les lunettes, avoir une perte d’audition est un handicap, une baisse de vue une maladie.

Permettre à une personne en situation de dépendance et de handicap d’accéder à une autonomie nécessite, non seulement, d’avoir une bonne connaissance des dispositifs d’aides mais aussi d’être capable d’analyser et de comprendre le projet de vie, les besoins de cette personne, de prendre en compte ses ressources humaines et matérielles. Ce sont les compétences de l’ergothérapeute, professionnel de santé formé pendant 3 ans et dont l’activité est réglementée par le Code de la Santé Publique. Il peut exercer comme salarié d’une institution (hôpital, centre de rééducation…) mais aussi en libéral.

Témoignage de Doriane Anglade,
ergothérapeute dans un Service de Soins A Domicile

« En tant qu’ergothérapeute, je suis amenée à travailler auprès de personnes de tout âge dès qu’un problème de santé les empêche de réaliser une activité de leur vie quotidienne. Ces activités peuvent être élémentaires comme se déplacer, se laver ou aller aux WC ; ou plus complexes comme s’occuper de leur environnement ou de leurs proches. Mon objectif est d’améliorer l’autonomie d’une personne dans ces activités. Pour cela, je vais essayer d’agir sur les capacités de la personne, l’environnement dans lequel est réalisé l’activité ou la manière dont est réalisée l’activité. Cela peut passer par les aides techniques et les aménagements mais jamais en première intention.

J’exerce dans un service de soins à domicile (SSIAD) qui soutient des personnes adultes et âgées dans leur projet de vivre à domicile malgré un handicap. Je collabore avec tous les intervenants qui gravitent autour des patients, pour que mes propositions s’adaptent au mieux. Je vois souvent des situations où les personnes ont préalablement tenté des adaptations par elles-mêmes mais sans résultats. Un exemple fréquent est le remplacement de la baignoire par une douche « PMR » (personne à mobilité réduite) équipée de barres d’appui, d’un siège rabattable… et d’une marche de 20 cm, impossible à franchir. Cela m’afflige, quand on sait que ce problème de baignoire peut souvent être résolu pour une cinquantaine d’euros avec le siège de bain adéquat, et une barre d’appui correctement placée.

Mais, parfois, la solution est plus complexe à trouver. C’est par exemple ce qui s’est passé avec Michèle, 72 ans, dynamique, toujours en visite grâce à Terminator, son énorme fauteuil roulant électrique. Paradoxalement c’est ce fauteuil, instrument d’autonomie, qui génère une situation de handicap. Avec l’évolution de sa maladie, Michèle a progressivement eu besoin d’un fauteuil plus sophistiqué et plus encombrant. Les praticiens de son quartier, qu’elle consulte depuis toujours, sont devenus inaccessibles à cet énorme fauteuil. En effet, ce qui est accessible à un fauteuil roulant manuel de 13kg ne l’est pas pour un Terminator de 110kg. Je rencontre Michèle à son domicile pour connaitre ses habitudes de vie : comment elle utilise son fauteuil, de l’installation aux lieux dans lesquelles elle l’utilise ; quelles sont ses activités de la vie quotidienne, avec quelle aide et à quelle fréquence elle les réalise ; les autres aides-techniques dont elle est équipée, depuis combien de temps…

Puis je l’accompagne sur les différents lieux où elle rencontre des difficultés. Cette étape me permet d’évaluer les possibilités d’adaptation, d’un point de vue technique mais également avec les professionnels qui y travaillent.

Le premier est accessible par une marche de 12 cm. Les bureaux sont desservis par un couloir, encombré de meubles. Ils sont agencés de telle manière qu’il est impossible à une personne en fauteuil roulant de s’installer face à son interlocuteur. Établissement recevant du public, les professionnels y exerçant ont le devoir de rendre leurs locaux accessibles, mais ils n’ont pas les moyens financiers d’engager de lourds travaux de réhabilitation. Cette situation leur donne l’opportunité de réaliser quelques adaptations rapides et peu coûteuses :
– carillon infrarouge fixé à hauteur de main
– rampe mobile pliante à déployer chaque fois qu’un usager en fauteuil roulant en a besoin. (Le modèle a été choisi pour que la pente puisse être franchie par un usager seul et qu’il ait l’espace d’y accéder depuis le trottoir)
– r
éagencement du couloir et des bureaux, cette étape ne nécessitant l’achat d’aucun matériel.
Finalement la mise en accessibilité leur coûtera quelques centaines d’euros qui pourront être absorbés dans le budget de fonctionnement.

Le deuxième lieu est plus difficile à adapter. Il est déjà accessible pour un fauteuil roulant manuel et la consultation se fait dans une salle équipée de matériel spécifique difficile à déménager. Positionné en haut d’une côte, il est difficile à franchir pour une personne en fauteuil roulant manuel. La descente comporte également un risque de chute pour Michèle, qui stabilise difficilement son buste. Il n’est pas envisageable d’aller au cabinet en fauteuil roulant électrique puis de s’installer sur un autre fauteuil à l’intérieur, Michèle ayant besoin pour cela d’un lève-personne, appareil encombrant. Ce rendez-vous n’ayant lieu qu’une fois par an, nous optons pour la solution suivante: une semaine avant son rendez-vous, Michèle louera un fauteuil roulant manuel pour quelques jours à la pharmacie voisine où son auxiliaire de vie ira le chercher. Michèle ira et reviendra de son rendez-vous avec un taxi spécialisé en s’étant installée dans son fauteuil roulant manuel dès le matin avec l’infirmier du SSIAD.

Aucune des situations que je suis ne se ressemble, mais celle-ci est caractéristique de ce que peut apporter l’expertise d’un ergothérapeute. Désormais, Michèle peut continuer de consulter ses professionnels de santé de manière autonome, en ayant choisi l’option la plus simple et la plus économique possible pour elle et les personnes qui l’entourent. »

En conclusion

Si le premier réflexe pour aider une personne en perte d’autonomie est souvent de proposer des aménagements de domicile et des aides techniques, l’expérience montre que le résultat, parfois coûteux, n’est pas toujours adapté. En effet, la démarche ne se résume pas au choix technique et commercial de l’aide. Elle passe aussi par l’analyse du choix de vie de la personne, de ses besoins, de ses limites, de ses ressources, de son environnement. Seule cette réflexion globale permettra de maintenir l’autonomie de la personne concernée. L’ergothérapeute a les compétences requises pour cette démarche.

Comme l’infirmier, le kinésithérapeute ou l’orthophoniste, c’est un professionnel de santé dont le rôle bien particulier est primordial pour le maintien de l’autonomie.

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